Entre le photographe et lui, la conversation a été aisée à nouer. Terence Bikoumou est né en 1986, l’année de Noir et Blanc, un des plus célèbres titres de Bernard Lavilliers. Enfant de parents des deux Congos, Brazzaville et Kinshasa, le jeune Français fut intrigué d’entendre un jour à la radio une voix chanter en lingala. « Po na ba mboka nionso pe na pikolo nionso » (« de tous les pays et de toutes les couleurs »), répétait le musicien congolais Nzongo Soul (1955-2018), phrase que le chanteur stéphanois complétait par sa fameuse définition : « La musique est un cri qui vient de l’intérieur. »
A quelques pas des locaux de Big Brother Company, sa société d’édition et de production au nom orwellien, Lavilliers remonte la rue Saint-Marthe, une voie dans le 10e arrondissement parisien dont les façades colorées peuvent évoquer ces cités lusophones qu’il a tant arpentées et racontées. L’octogénaire – depuis le 7 octobre – se remémore le contexte de Noir et Blanc. Quand il fumait et portait la coupe mulet de rigueur, comme l’anneau de marin de Corto Maltese. Le tube évoquait Nelson Mandela, alors derrière les barreaux, pour dénoncer le régime de l’apartheid en Afrique du Sud, le musicien nigérian Fela Kuti, fondateur de l’afrobeat, et, sans le nommer, Geraldo Vandré, chanteur brésilien qui fut emprisonné par la dictature militaire. En France, à partir de novembre, des manifestations étudiantes se dressèrent face au projet de loi Devaquet. Les paroles « Y a du sang sur le trottoir » et « Ils l’ont battu à mort, il a froid, il a peur/ J’entends battre son cœur » entrèrent en tragique collision avec l’actualité quand Malik Oussekine, 22 ans, fut frappé mortellement par des policiers dans la nuit du 5 au 6 décembre.
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