Il pleut sur le Parc des Princes. Des colosses casqués, bardés de protections de cuir, se ruent les uns sur les autres, sur la pelouse gorgée d’eau. Ils s’élancent, se percutent, s’agglomèrent en grappes boueuses ; puis se relèvent, se réunissent en cercle avant de remettre ça. Dans les tribunes de l’enceinte parisienne, ce 10 décembre 1938, le public français tergiverse. Où est la balle ? Et quand applaudir dans ce drôle de sport plein d’interruptions ? Ils sont plus de 20 000 curieux à avoir accouru, aguichés par les journaux qui, depuis quelques jours, annoncent l’arrivée de ces mastodontes venus d’outre-Atlantique.
« Le football américain fait ses débuts en France. C’est un jeu terrible, athlétique, spectaculaire », proclame ainsi Le Petit Parisien au matin du match. La foule déclenche finalement ses acclamations lors des étranges conciliabules, têtes baissées, que les joueurs tiennent après s’être entrechoqués. Le huddle, rituel tactique ordinaire aux Etats-Unis où l’on prépare l’action suivante, est devenu une attraction de ce « rugby américain » où, annonce L’Humanité, « presque tout est permis ».
Dimanche 25 octobre, le public du Stade de France devrait être plus au fait des règles de ce football. A 14 h 30, les Pittsburgh Steelers affrontent les New Orleans Saints dans l’enceinte dyonisienne pour le premier match de saison régulière de la National football league (NFL), organisé dans l’Hexagone et retransmis en direct sur France Télévisions. La surpuissante ligue de football américain est devenue un phénomène culturel planétaire dont on suit, année après année, le Super Bowl, la finale du championnat, disputée en février ; et, après d’autres pays, elle étend à son tour son business à la France. Une stratégie d’expansion portée par son patron, Roger Goodell, qui souhaite que ce sport de référence en son pays mais peu pratiqué ailleurs, « devienne un sport mondial ».
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