Une semaine après un week-end de forte mobilisation sociale qui a également conduit à de nombreux débordements et scènes de chaos dans les rues, de nouveaux défilés menées par les « gilets jaunes », les syndicats, les lycéens et les étudiants sont attendus dans de nombreuses villes françaises, samedi 24 octobre, où 70 000 policiers et gendarmes seront mobilisés.
Militaires de la force Sentinelle, unités d’élite de la police et de la gendarmerie, comme le RAID ou le GIGN, hélicoptères et blindés : le ministre de l’intérieur, Laurent Nuñez, critiqué de toutes parts pour la gestion du week-end dernier, a annoncé, cette fois-ci, un dispositif policier « massif ». Il a averti que les forces de l’ordre seraient « intraitables » face à d’éventuels casseurs, une semaine après des dégradations commises en marge de la mobilisation contre la vie chère surtout à Paris, Marseille, Lyon et Bordeaux, y compris le lendemain. Près de 3 000 commerces ont été vandalisés.
Les « gilets jaunes » prévoient plus de 700 mobilisations en France samedi, dont 500 manifestations : des actions sont prévues sur 86 ronds-points, 21 stations-service, deux dépôts pétroliers, 33 gares, trois ports, 17 ponts, 17 péages, selon une carte publiée sur leur site Internet. Le week-end dernier, 550 000 personnes avaient défilé dans le pays, selon les autorités.
Les revendications, exprimées devant les lycées et dans la rue ces dernières semaines, sont diverses mais convergent majoritairement autour du pouvoir d’achat, de la défense des services publics et de la justice fiscale et sociale.
En déplacement à Limoges, vendredi, où la mairie a été incendiée le 17 octobre, le premier ministre, Sébastien Lecornu, a affirmé que « le niveau de menace rest[ait] élevé », ciblant « l’ultragauche » et la « délinquance » qui « profite de ces troubles (…) pour recréer plus de confusion et en profiter pour voler ».
Des manifestations interdites
Les cortèges autorisés samedi défileront dans une ambiance électrique, entre désaccords sur les parcours et interdictions. Car les restrictions se sont multipliées au fil de la semaine dans de grandes villes – avec notamment des couvre-feux nocturnes – et les autorités ont cherché à limiter au maximum la mobilisation en n’autorisant que celles organisées par des syndicats. Avec notamment des inquiétudes jusqu’au sommet de l’Etat sur certaines manifestations encore non déclarées vendredi soir.
Les rassemblements de samedi ont été interdits à Lyon. A Marseille, une manifestation syndicale a finalement été autorisée. Et à Paris, où un seul cortège syndical a été autorisé, une polémique oppose la Préfecture de police à l’intersyndicale après une modification de dernière minute du parcours par les autorités. Le nouveau tracé du défilé, entre la Porte de Vincennes et la Porte d’Italie, alors que Préfecture et intersyndicale s’étaient mises d’accord jeudi sur un itinéraire entre Bastille et Nation, est « impossible à sécuriser », a affirmé le cosecrétaire général de la CGT de Paris, Karl Ghazi. Les organisateurs dénoncent un trajet « imposé » et ont annoncé qu’ils iront tout de même à Bastille comme initialement prévu.
Plusieurs musées parisiens, dont le Louvre et Orsay, seront fermés samedi, et le couvre-feu est reconduit dans les périmètres de la place de la République et des Halles de 23 heures à 6 heures jusqu’à lundi matin.
Si une manifestation syndicale se tiendra à Strasbourg, des interdictions de manifester ont été prises dans de nombreuses villes dont Nancy, Metz, Besançon, Belfort, Rouen, Le Havre, Toulon, ainsi qu’à Limoges. Le cabinet du premier ministre a par ailleurs demandé aux plateformes numériques – Snapchat, TikTok… – une « vigilance particulière » en vue de la mobilisation.
Les lycéens reçus par Emmanuel Macron
Autre point sensible du week-end : Orléans, où le congrès du Rassemblement national doit réunir plusieurs milliers de sympathisants, à six mois de l’élection présidentielle. Entre 20 000 et 30 000 opposants au parti d’extrême droite sont attendus samedi dans la ville, où près de 3 000 membres des forces de l’ordre seront déployés, pour une manifestation contre « le racisme, le fascisme et l’impérialisme » à l’appel d’une cinquantaine d’organisations.
A la veille de cette nouvelle journée de mobilisation, et après plus d’un mois de crise, Emmanuel Macron est monté en première ligne, vendredi, dans la contestation des lycéens. Auprès de la vingtaine de représentants des organisations lycéennes reçues pour la première fois à l’Elysée, le chef de l’Etat a notamment « souligné le besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup », selon son entourage. « Le gouvernement prendra des engagements dès lundi » après la réception des acteurs de l’éducation par Sébastien Lecornu, a-t-on ajouté.
Les lycéens, qui réclament une rénovation des établissements, de meilleures conditions d’étude et la suppression de la plateforme d’orientation Parcoursup, ont appelé à poursuivre la mobilisation. « On attend notre réunion avec le premier ministre », a déclaré Nathanaël Combary, du Renouveau lycéen, appelant les lycéens à maintenir le « bras de fer » avec l’exécutif. « On lui parle d’abrogation, on lui parle de lisibilité, de transparence et de refonte », a réagi le président de l’Union syndicale lycéenne, Ryad Rani, en sortant de l’Elysée. Louis Letoublon (Les Lycéens !) a de son côté évoqué « une brèche » ouverte par le président, dans laquelle « il faut que nous nous engouffrions » afin d’obtenir « de meilleures conditions d’études et d’apprentissage ».