Plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées, dimanche 25 octobre après-midi, à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) pour rendre hommage à Pengo Bossio Wangi, jeune espoir français des arts martiaux mixtes (MMA) de 26 ans tué par balles lors de l’attaque raciste dans les Yvelines, a constaté une journaliste de l’Agence France-Presse (AFP).
Le soleil réchauffait une placette coincée entre la mairie d’Aubervilliers et une église de cette ville de Seine-Saint-Denis où ont convergé famille, amis, élus et des centaines d’anonymes pour une marche blanche en mémoire de la victime touchée vendredi à Trappes par les tirs en rafale de Kevin T., un homme de 39 ans, inconnu des services de renseignement.
A Aubervilliers, la victime pratiquait le MMA dans un club, la Atch Academy, à l’initiative de cette marche blanche, et à laquelle nombre de ses adhérents avaient répondu présents. En tête de cortège, les proches du jeune homme, accompagnés par le fondateur de son club, Stéphane Chaufourier, ont déroulé une banderole où l’on pouvait lire : « Tu resteras à jamais dans nos cœurs. »
Avant de cheminer en silence, le maire divers gauche de la commune, Sofienne Karroumi, a déclaré à la foule : « Votre présence et votre nombre dit déjà tout. Il dit notre sidération, il dit notre émotion, il dit notre volonté de rendre hommage à votre ami, votre frère » qui « avait toute la vie devant lui, des rêves, celui de pratiquer son sport au plus haut niveau possible ». « Nous ne baisserons jamais la tête face au racisme, nous ne baissons jamais la tête face à la haine de l’autre », a-t-il ajouté.
« Climat anxiogène »
« Il était au mauvais endroit, au mauvais moment, avec la mauvaise couleur de peau », a confié à l’AFP son oncle, qui n’a pas donné son identité. A ses côtés, des camarades du club, comme Joël, 27 ans, qui s’entraînait régulièrement avec la victime, décrivent la douleur d’avoir « perdu un ami très proche et un frère d’entraînement », qui « avait la niaque » et « toujours le sourire ».
Dans les rues d’Aubervilliers, les participants ont brandi des pancartes incriminant certains médias français : « Le racisme tue, CNews et BFM aussi » ; « La haine de CNews tue. » « Il faut arrêter de donner la parole aux médias fachos », clame écriteau à la main Nawel, jeune femme d’origine maghrébine de 26 ans, auprès de l’AFP. Elle dénonce « un climat anxiogène » et entend « dénoncer les discours haineux de l’extrême droite » qui « font qu’on se retrouve avec de tels drames », selon elle.
Venu en déambulateur, Farzad Safollahi, un homme de 60 ans d’origine iranienne, se dit de son côté « inquiet pour [ses] enfants ». En sanglots, il évoque sa peine après un « acte terrible », lui qui doit « tout à France ».
Plusieurs associations et syndicats ont appelé à des rassemblements lundi. « Face à l’horreur, en soutien aux victimes et pour dénoncer la banalisation de la haine raciste, la LDH, SOS Racisme, le MRAP, ADDAM, Clara, Jalons pour la paix, FIDL, UNEF, CGT, CFDT, FSU, Union syndicale Solidaires, UNSA et d’autres organisations de la société civile appellent à un large rassemblement citoyen lundi, à 19 heures, place Stalingrad à Paris et partout en France », écrit dimanche la LDH dans un communiqué. Des rassemblements devraient également avoir lieu à Saint-André-de-Cubzac (Gironde), Bordeaux, Saint-Etienne, Bourgoin-Jailleux (Isère), Nantes, Marseille, Grenoble, Montpellier, Roubaix (Nord).
« Le racisme n’est pas un fait divers. Lorsqu’il y a un acte raciste, cela doit entraîner une mobilisation de la société », a insisté le président de SOS Racisme, Dominique Sopo, qui précise que l’association se joindra aussi aux rassemblements organisés par certains maires. « Ce qui se passe est extrêmement grave, avec l’islamophobie qui se développe et l’extrême droite qui attise le feu », a abondé Nathalie Tehio, présidente de la LDH, estimant par ailleurs que « le gouvernement ne calme pas le jeu ».